Série Le Coeur de Lucy

Sans titre 4

Le Coeur de Lucy

1 - Au-delà de la raison

Angleterre, époque victorienne

Lucy Hadley n'a que faire des mondanités de la haute société et ses talents de guérisseuse lui valent une réputation de sorcière. Appelée au chevet du comte de Lauderdale, qui est gravement malade, elle rencontre le meilleur ami de celui-ci, Jack de Nerval. C'est le début d'une liaison orageuse avec un homme qu'elle aime d'un amour inconditionnel. Mais le coeur du duc n'est plus à prendre : Jack est marié et père de famille... Les tourments de Lucy ne font que commencer.

2 - De toute mon âme

!! SPOILER ALERTE !!

Depuis que son mari a péri dans un naufrage, Lucy est livrée à elle-même. Le titre et le domaine du comte de Maitland reviennent à un cousin peu scrupuleux, qui n’a que faire de Lucy et de son orphelinat. La jeune femme va donc devoir subvenir à ses besoins et à ceux de ses protégés. Recrutée comme comptable chez Lockwood & Unter, elle se voit confier d’importantes responsabilités, à condition toutefois de se rendre invisible en travaillant de nuit, car il est inconvenant pour une femme d’exercer une activité salariée. Dans le plus grand secret, elle collabore avec Carl, ingénieur de la compagnie. Ce dernier est subjugué par son charme et sa détermination, mais il est marié à une autre...

Par tome : CHF 9.- / env. € 7,60  |  + frais de port

exemplaire dédicacé

 


« une romance historique plutôt originale, une plume efficace, des personnages attachants, une histoire d'amour passion, une histoire d'amour raison... A découvrir ! »
Les Lectures de Titou

« "Au-delà de la raison" est le premier opus d'un diptyque intitulé "Le Coeur de Lucy" . C'est aussi un un roman solide, surprenant parfois, mais généralement fondé sur des valeurs sûres. Il est rédigé dans une langue sans aspérités de style, qui déploie un rythme tantôt lent comme un fleuve, tantôt emporté, mais toujours empreint d'une certaine pesanteur, celle des grandes symphonies romantiques. »
Daniel Fattore

« Une saga qui met en bouche avec brio. Des héros mis en valeur et aux antipodes de ce que l’on peut trouver d’habitude dans ce genre de romance et une écriture fluide font de ce premier opus une réussite. »
Florence Romance

 


Extrait

 

— Oh ! Quel ange nous avons là ! s’extasia Mrs McKenneth en me prenant des bras une Maddie tout ensommeillée lorsque nous arrivâmes au castel. La petite suça son pouce avec appréhension en scrutant la matrone du regard, comme seuls le font les enfants. Elle posa un index indécis sur le front de la nouvelle venue puis décida qu’elle acceptait Mrs McKenneth et suça son pouce avec plus d’entrain. J’étais soulagée qu’il en fût ainsi, car Maddie était, par la force des choses, craintive et timorée. J’allais être très occupée et le fait qu’une tierce personne puisse prendre soin de la petite me laisserait plus de latitude.. Emily nous rejoignit peu après et donna des instructions pour mes malles. Malgré moi, je faisais montre d’une attitude glaciale envers elle, ce dont elle ne sembla guère se préoccuper.

— Le comte se trouve dans le salon vert, vous savez comment vous y rendre ? me demanda-t-elle.

— Il s’agit de la pièce attenante à la bibliothèque, n’est-ce pas ? Je saurai m’y rendre, merci.

Je me dirigeai vers le salon où se trouvait le gentleman. J’étais persuadée que lord Maitland se portait bien, sans quoi il n’aurait pas quitté le lit. Cela me tourmentait pourtant à tel point que j’en oubliais mon appréhension à l’idée de revoir lord de Nerval. Je fus stupéfaite de les trouver tous deux en entrant dans le salon. L’espace d’une seconde, je cessai de respirer. Les deux visages se tournèrent vers moi et, si celui de lord Maitland s’illumina, celui de lord de Nerval resta fermé. Ce dernier portait un complet noir et était époustouflant ainsi vêtu. Ses larges épaules étaient mises en valeur et ses tatouages dissimulés sous la coupe impeccable de sa veste laissaient place à l’inquiétante intransigeance qu’il dégageait naturellement, le regard perçant et hypnotique.

— Quel bonheur que de vous revoir, mademoiselle Hadley ! s’exclama lord Maitland.

— Le plaisir est partagé, milord.

— Allan, je vous en prie. Appelez-moi Allan.

— Oh, eh bien…

La bienséance m’interdisait une telle familiarité à l’égard d’un noble, mais lord Maitland m’inspirait tant d’amitié que je n’avais pas le cœur à le contrarier.

— Sir Allan…, concédai-je. Lord de Nerval, ajoutai-je à l’intention de son comparse en inclinant la tête.

— Mademoiselle Hadley, me salua-t-il d’une voix grave en accompagnant ses paroles d’un léger mouvement de tête.

Il me dévisageait avec insistance et flegme à la fois. C’est à cette façon de faire que l’on percevait un penchant sauvage dans sa nature, un feu que les codes rigoureux régissant les relations humaines de la bonne société n’avaient pas réussi à éteindre. Lord de Nerval ne s’embarrassait de pudibonderie que lorsque cela lui était utile. Me concernant, il ne craignait pas de me heurter par des manières franches et sans détour. Curieusement, j’en étais flattée.

— Avez-vous un endroit où nous pourrions nous mettre plus à l’aise afin que je vous ausculte ? demandai-je à Allan.

— Faut-il que je me déshabille ? me taquina-t-il.

— En effet, répondis-je en riant.

— Allons près du feu, Jack souffrira bien la vue de mes jambes !

Il tira un fauteuil près de la cheminée et défit son pantalon. La chemise longue qu’il portait en dessous cachait sommairement son intimité. Je me concentrai sur la plaie. Comme je l’avais recommandé, les bords avaient été maintenus comprimés afin de réduire la blessure. L’entaille se refermait de manière nette et plus aucun signe d’infection ne subsistait. Toutefois, la cuisse serait barrée d’une large cicatrice disgracieuse, ce qui me peina. Je regrettai de nouveau de n'avoir pu recoudre la plaie, mais il était déjà trop tard à mon arrivée. J’en fis part au comte.

— Ce n’est pas grave. Cela me laissera un souvenir de vous.

Je souris en détournant la tête. Ce faisant je tombai sur le regard inflexible de lord de Nerval, qui n’avait pas encore prononcé un mot à part mon nom. Il contractait imperceptiblement la mâchoire. Était-ce un effet de mon imagination ou ma proximité avec Allan le contrariait ?

— Vous avez voyagé en voiture cette fois-ci, ma chère amie, n’est-ce pas ? J’en suis bien aise.

— Je rends visite à mon amie Mrs Elliot à Curley Hall. J’ai donc emmené la petite avec moi, le landau était indispensable.

— Quelle petite ?

J’expliquai vaguement l’histoire des enfants à Allan qui sembla contrit et complimenta ma mansuétude.

— Je ne perçois pas le souci que j’ai d’eux comme un fardeau.

— C’est tout à votre honneur.

Je hochai la tête distraitement en tentant de résoudre un dilemme. Il était temps de laisser la blessure à l’air libre afin qu’elle achève sa cicatrisation, mais je craignais que des fibres de tissu du pantalon ne s’y prennent le temps que cela sèche. J’optai pour un bandage sommaire enduit de miel le temps qu’Allan resterait habillé. Je lui recommandai ensuite d’ôter le pansement et de tamponner la plaie avec une décoction de camomille avant le coucher.

— Vous pourriez le faire pour moi…, objecta Allan sur un ton quelque peu graveleux.

Instinctivement, je me détournai vers lord de Nerval. Il m’avait semblé percevoir un soupir un peu plus profond, agacé. Son regard était sombre. Heureusement, Allan n’avait rien remarqué.

Mrs McKenneth, tenant la main de Maddie, vint nous quérir peu après.

— Le dîner sera servi dans quelques minutes. La petite semble vous réclamer, mademoiselle Hadley.

Je les rejoignis et me penchai vers Maddie qui me tendait les bras avec supplication. Je la soulevai de terre avec un ahan d’effort.

— Tu es de plus en plus lourde mon trésor !

— Quel est son prénom ? me demanda lord de Nerval.

Je me retournai, surprise d’entendre enfin sa voix.

— Madeline. Nous l’appelons Maddie.

— C’est une jolie fillette.

 Il avait dit cela avec un air attendri qui me dérouta.

— Bonsoir Madeline, lança Allan.

Évidemment, elle ne répondit pas. Allan fit encore une tentative avant que je lui apprenne que Maddie ne parlait pas.

— Pour quelle raison ? s’enquit ce dernier.

— Nous l’ignorons. A-t-elle bien mangé ? demandai-je à Mrs McKenneth pour faire diversion.

La matrone me répondit par l’affirmative et je m’éclipsai en sa compagnie afin de la mettre au lit.

— Je vous rejoins pour le dîner, lançai-je alors que je sortais.

Maddie ne put s’endormir tout de suite. Elle n’était pas dans un environnement connu et se redressait sans cesse dans son petit lit. Elle avait dormi durant le voyage, bercée par les cahots de la voiture et n’était pas si fatiguée. Mrs McKenneth revint me chercher une demi-heure plus tard, s’inquiétant de mon absence au dîner.

— Pourquoi ne pas la coucher dans la chambre des enfants ? Il y a le fils d’Emily et les enfants de Faith, ils ont à peu près le même âge et il y a toujours quelqu’un pour les surveiller, me proposa-t-elle quand mon estomac gronda.

— C’est une excellente idée ! Elle a l’habitude de dormir avec ses aînés, la présence d’autres enfants l’apaisera.

J’emportai donc Maddie dans la chambre en question dans laquelle les deux cadets dormaient déjà. La fille de Faith, de neuf ans, allait se mettre au lit et garderait un œil sur les autres. Comme prévu, la petite s’endormit plus vite. Toutefois le dîner des maîtres était déjà achevé. Je me rendis aux cuisines pour manger quelque chose.

 

L’on m’avait attribué la même chambre que la semaine précédente. Je ne pris pas garde immédiatement au billet laissé sur le couvre-lit et ne le remarquai qu’en y déposant ma chemise et ma cape. C’était une feuille de papier épais pliée en quatre sur laquelle était simplement inscrit :

« Rejoins-moi dans l’écurie. J. »

Un indicible mélange d’excitation, de crainte et de bonheur me souleva le cœur d’un coup, comme si je venais de chuter. J’eus des vertiges et mon ventre se noua. Je me laissai choir sur le lit en tentant de reprendre une respiration régulière.

Ce fut dans un état second que je me rafraîchis et arrangeai ma mise. Je conservai la robe de lin bleue que je portais, simple mais flatteuse. Je défis ma chevelure en chignon et y passai le peigne. Tout au long de mes préparatifs, je ne cessai de me demander pour quelle raison lord de Nerval souhaitait que l’on se voie en cachette dans un tel lieu, et surtout, ce qu’il avait en tête. Quoi que l’avenir me réservât, pas un instant je ne reculai face à l’injonction de ce rendez-vous, et pas un instant, même, je ne songeai à ses conséquences.